CAMES

Photo interview Recteur UDS

Financements alternatifs de l’UDs

Ouagadougou-UDs/SIC-12/06/18.Votre collaborateur, le Prof. Martin Tchamba, a fait ce jour, 30 mai 2018, au Centre international des Conférences de Ouagadougou, à l’occasion du colloque sur l’avenir du CAMES, une communication sur les financements alternatifs de l’Université de Dschang. Quels en étaient les objectifs ?

L’Université de Dschang a été invitée, entre autres, pour présenter son expérience des financements. Nous avions introduit quelques prémices au mois de février 2018 à Dschang, à l’occasion de l’Assemblée générale de la Conférence des Recteurs des Universités francophones d’Afrique et de l’Océan indien. Notre institution est donc venue présenter son expérience, parce qu’elle correspond à une volonté générale des universités africaines de trouver des financements alternatifs ou différents. Nos universités ont des sources classiques de financements : subventions de l’Etat, activités génératrices de revenus, coopération. On voit bien que tout cela est insuffisant, étant donné les graves problèmes auxquels est confronté le système d’enseignement supérieur sur le continent africain.

À l’Université de Dschang, nous avons imaginé des systèmes alternatifs et innovants qui ont été présentés par le Prof. Martin Tchamba. Notre objectif, dans ce panel consacré au financement du Conseil africain et Malgache pour l’Enseignement supérieur, était de partager cette expérience avec les autres universités en général, et le CAMES en particulier. Parce que cette organisation panafricaine, qui est notre maison commune, est dans une phase de mise en place de la Fondation africaine et Malgache pour l’Enseignement supérieur et la Recherche (FAMER). Le projet a déjà reçu les encouragements du Conseil des Ministres.

Globalement, comment l’institution que vous dirigez s’est débrouillée ?

Le modèle que nous avons présenté se répartit en deux ou trois idées. Il y a d’abord la société anonyme que nous avons créée. Elle a 87 actionnaires pour un monté levé d’à peu près 40 millions F CFA. Nous avons une dizaine de millions F CFA dont le processus de souscription est en cours. La deuxième idée que nous avons mise en œuvre est le CATI2-UDS, notre centre d’innovation et de création d’entreprises. Il lève aussi des fonds auprès des partenaires qui acceptent de nous accompagner. Mais, il y a surtout, et c’est la troisième idée mise en œuvre, notre fondation : la Fondation de l’Université de Dschang (FONDUDS). Elle a été lancée en août 2017. C’est une fondation qui est partenariale et non universitaire.

L’un des problèmes que rencontrent les fondations des universités africaines, c’est qu’elles sont pour la plupart de type universitaire. Or, ces fondations universitaires ont le gros défaut d’être liées  de manière congénitalement forte à l’université. Cela détériore de façon majeure la confiance que les personnes extérieures peuvent avoir vis-à-vis d’elles. Car, n’oublions pas qu’une fondation est une activité philanthropique. C’est une institution, une entreprise ou un individu qui décide de se déposséder d’un certain moyen financier pour le mettre au service d’une institution qui elle, pourra réaliser des projets au sein de l’université. Donc, il faut absolument créer la confiance en elle. Voilà pourquoi à l’Université de Dschang, nous avons choisi l’option d’une fondation partenariale.

En quoi la fondation de type partenariale se démarque-t-elle de la fondation de type universitaire ?

La fondation de type partenariale fait la part belle aux autres et pas à nous, dirigeants de l’université. Nous sommes très en retrait de cet instrument, sachant qu’il travaille pour nous. Chez nous, nous avons pu récolter à peu près 160 millions F CFA de promesses. Nous avons pu mobiliser 60 % de cela. C’est sur la base de ces promesses et de ce qu’il y a dans le compte en banque, que le conseil d’administration présidé par un acteur privé, et qui ne contient que 03 personnes de l’Université sur un total de 15 membres, a accepté, dans notre banque de projets, de financer la construction de notre école doctorale. La pose de la première pierre aura lieu au mois de juin 2018. 

C’est donc cette expérience que nous avons proposée aux universités sœurs d’Afrique. Elles sont très enthousiastes et elles souhaitent une sorte de duplication contextualisée chez elles. Le CAMES est également séduit par cette idée. L’institution panafricaine est partie sur une piste qui va la mener à une fondation qui aura tendance à être universitaire. Elle va en effet fonctionner comme telle si on la crée sur la base de son projet actuel. Les fonds visés restent des fonds étatiques. C’est une idée intéressante, mais qui risque d’avoir justement les mêmes problèmes que le CAMES lui-même. Car, ce sont les Etats, déjà défaillants pour certains dans le financement de l’institution-mère, qui seront encore sollicités pour la FAMER. Voilà pourquoi notre expérience intéresse le CAMES. L’exposé du 30 mai 2018 fait par le Prof. Martin Tchamba a donc permis aux uns et aux autres d’avoir une idée de ce que nous essayons de construire à Dschang  et d’apprécier les contours qui peuvent faire l’objet d’une contextualisation dans leurs pays respectifs.

Quels pourraient donc être les leviers de la Fondation africaine et Malgache pour l’Enseignement supérieur ? 

Il ne faut pas que l’idée d’une fondation soit obsessionnelle pour le CAMES. C’est un mode très intéressant d’attraction des financements alternatifs. Mais le CAMES développe déjà beaucoup d’idées pour lever les fonds d’une manière ou d’une autre. Cette institution a de nombreux programmes, lesquels ne sont pas gratuits. Elle a une ingénierie de formation reconnue dans le monde entier. Elle propose des services de formation à distance extrêmement pointus. On peut donc imaginer une fondation du CAMES comme ce que nous faisons à l’Université de Dschang. Mais on peut tout aussi imaginer des modes innovants de financements au CAMES qui ne soient pas forcément intégrés dans le cadre d’une fondation, mais qui prennent pieds sur ce qui se fait déjà au sein de l’organisation avec des perspectives de développement.  Les autorités de cette institution vont trouver la formule qui leur conviendra.

Au-delà de cette question des financements, comment voyez-vous le CAMES du futur ?

Le CAMES du futur est une institution dont on a besoin. Tous les pays africains en ont besoin. Pendant les festivités marquant ce cinquantenaire, une des idées qui ont émergé, c’est celle d’un CAMES ouvert sur un monde multilingue. Vous savez que cette organisation est une émanation d’une Afrique surtout francophone. Aujourd’hui, elle est en train d’imaginer des modalités d’intervention sur le continent en s’émancipant de la francophonie. Si cette idée devient réalité, ce serait une révolution. Cela va impliquer une nouvelle harmonisation de tous les outils du CAMES en intégrant ce qui se fait dans les pays anglo-saxons d’Afrique. Comme vous le savez, nous avons en Afrique, des pays ango-saxons qui ont des universités bien cotées au niveau mondial. Donc, elles ont des référentiels incontestables. Je pense à des pays d’Afrique australe et de l’Est. L’ouverture vers cette Afrique anglo-saxone va donc amener le CAMES à réviser ses programmes, ses référentiels et ses standards.

Pour un pays comme le Cameroun où on a système francophone et un système anglo-saxon, une telle mutation du CAMES va aussi amener une révolution dans notre système d’évaluation interne. Comme vous le savez, notre pays pour l’instant a gardé son Comité consultatif des Institutions universitaires. Et les réformes  ne concerneraient pas le Cameroun, mais aussi d’autres pays qui ont des divergences avec le CAMES. Je pense notamment à Madagascar ou encore au Sénégal où il existe un nombre de grades différents pour les enseignants-chercheurs.

Le CAMES du futur est un CAMES regardant sur les normes, plus attentif à la déontologie, plus ouvert à la gouvernance et à une absolue transparence. Il y a en effet des sons de cloche ici et là qui pourraient amener à penser que des correctifs ne seraient pas inutiles dans des outils et programmes du CAMES. C’est une bonne chose car nous sommes là pour avancer et non pour reculer. Donc, c’est une institution qui doit être beaucoup plus ouverte, beaucoup plus intégrée, beaucoup plus pugnace et qui a besoin, me semble-t-il, d’une plus grande appropriation des Etats en général et des universités en particulier. Il n’y a pas d’Etat membre, si non très peu, qui dans ses textes intérieurs réglementant l’enseignement supérieur et la recherche, se réclame des textes du CAMES. Cela veut dire qu’en dépit de son âge d’or, le CAMES a encore un problème d’appropriation. Et c’est une question à régler./ Entretien réalisé par HA, UT, MMF

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