Produire le cacao sans engendrer la déforestation
Le cœur de la meilleure thèse de Doctorat 2025-2026 au sein de la Dschang School of Agricultural and Environmental Sciences
Comment produire plus de cacao (une des principales matières premières qu’exporte le Cameroun) sans menacer de disparition la forêt ? La question est au cœur de la réglementation européenne sur la « déforestation importée ». C’est aussi celle de la meilleure thèse de Doctorat 2025-2026 de la Dschang School of Agricultural and Environmental Sciences, entité de l’École doctorale de l’Université de Dschang. Ce fruit de la recherche scientifique est intitulé : « Analyse du fonctionnement et de la dynamique des services écosystémiques des systèmes agroforestiers à base de cacaoyers dans le département du Moungo (Littoral-Cameroun) ». Le Dr Romuald Duplex Djeuni l’a soutenu le 28 février 2026, devant un jury présidé par le Prof. Christopher Tankou. Ces travaux relèvent des sciences forestières, et plus précisément de « la gestion intégrée des ressources forestières ».
« L’accroissement de la production cacaoyère ne devrait pas se faire au détriment des forêts et de la biodiversité. Dans ce contexte, il est nécessaire de mieux comprendre le fonctionnement des systèmes agroforestiers à base de cacaoyers et d’évaluer leur capacité à concilier la productivité agricole, la conservation de la biodiversité et la fourniture de services écosystémiques », affirme le chercheur. Pour mesurer ce qu’apportent les cacaoyères agroforestières, il a exploré le département du Moungo, un des 58 que compte le Cameroun sur le plan administratif. Il a notamment sillonné les localités de Loum, Njombé-Penja et Mbanga, de juin 2022 à novembre 2023. Il a interrogé 118 producteurs et inventorié les arbres présents dans des placettes installées au cœur des parcelles. « Ces enquêtes visaient à collecter des informations précises sur les usages des espèces associées ainsi que les pratiques de gestion mises en œuvre au sein des cacaoyères », indique-t-il.
Des résultats qui plaident pour l’agroforesterie
Les cacaoyères de l’espace étudié abritent 52 espèces d’arbres issues de 27 familles, dont quatre espèces vulnérables de la liste rouge de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), comme « Garcinia kola ». « Ces écosystèmes ont un potentiel élevé et important de conservation de la biodiversité », relève le jeune Docteur. On y compte 109 arbres associés par hectare, bien au-dessus des 42 à 60 recommandés en Afrique centrale. Il juge donc envisageable de les considérer comme « des agrosystèmes durables ».
Ces arbres jouent aussi un rôle climatique et économique. Les agroforêts stockent 91,39 tonnes de carbone par hectare, pour une valeur écologique de 1 797 876 FCFA (par hectare). Elles profitent également aux familles : sept usages ont été identifiés, dont cinq pour la production. « Toutes les espèces ligneuses inventoriées ont eu chacune au moins un usage », précise-t-il. Côté production, le rendement moyen atteint 715,20 kg par hectare et dépend surtout du nombre de cabosses par cacaoyer. Un équilibre reste toutefois à trouver : « le nombre moyen de cabosses par cacaoyer diminue significativement avec la densité des arbres associés ». Une densité trop élevée d’arbres peut donc pénaliser la récolte cacaoyère.
Recommandations
En termes de recommandations, le Dr Djeuni conseille aux producteurs de réguler les densités et de créer les cacaoyères sur des jachères. Il préconise à l’État et aux instituts de recherche de certifier les pratiques durables pour en assurer la traçabilité et la reproductibilité. Cela devra donc passer par la mise en place d’une formation calquée sur les modèles qui produisent de bons résultats. Le passionné d’agroforesterie invite enfin l’Union Européenne à reconnaître ces systèmes comme conformes à la réglementation « zéro déforestation ».
Le Dr Djeuni s’inscrit à l’Université de Dschang en octobre 2014. Il y obtient en 2017 une Licence en Géographie au sein de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines. Il rejoint ensuite la Faculté d’Agronomie et des Sciences Agricoles (FASA), où il décroche en 2019 un Master of Sciences en Agroforesterie. Sa thèse de Doctorat, qui marque l’aboutissement de son parcours à l’UDs, a été co-dirigée par deux dames à la réputation établie dans l’univers scientifique de la foresterie au Cameroun : Prof. Lucie Félicité Temgoua et Prof. Marie Caroline Momo Solefack. Dans son cheminement, ce passionné a bénéficié des sessions de formation offertes par le CIRAD et le CIFOR-ICRAF, deux institutions internationales impliquées dans l’agroforesterie. À la recherche d’opportunités pour mettre à profit son savoir-faire, le jeune docteur affirme qu’il vise un poste d’enseignant-chercheur.
Un détail à vérifier : dans le texte que tu as collé, le titre de la thèse se termine par « à base de cacaoyers » (au pluriel), alors que le document officiel indique « à base de cacaoyère ». Je n’ai pas modifié ton texte, mais tu peux harmoniser avec la liste officielle.

