La Grande Conférence de la Faculté des Sciences

Redéfinit le déchet comme ressource stratégique de développement

Dschang,UDs/SIC-23/04/26.Ce jeudi était jour de Grande Conférence. La Faculté des Sciences avait la scène pour servir au public des réflexions sur l’écochimie. Paradigme conceptuel qui a transfiguré l’ordure en Or. Le thème du jour portait effectivement sur l’écochimie et la valorisation des déchets pour un développement durable.

Sous la modération du Pr Patricia Bi Asanga Fai, les interventions convergent vers une idée-force : la gestion des déchets n’est plus une question technique, mais un enjeu systémique mêlant science, économie et souveraineté.

Dès l’ouverture, le Pr Théophile Kamgaing introduit une rupture conceptuelle nette : « Il ne s’agit plus de réparer la pollution, mais d’empêcher sa naissance ». À travers l’usage des plantes hyperaccumulatrices, capables d’extraire métaux lourds et ressources précieuses des sols, il illustre une chimie réconciliée avec le vivant, où la nature devient co-actrice des processus industriels.

Dans la même dynamique, le Pr Théophile Fonkou déplace le regard vers les villes africaines, posant un diagnostic sans concession : « Nos déchets sont mal gérés, mais surtout mal pensés ». En proposant leur transformation en gaz et en biomasse, il inscrit l’assainissement dans une logique productive : le déchet devient énergie, donc richesse.

Le Pr Ignas Tonle, quant à lui, met en tension croissance démographique et crise sanitaire. « Chaque déchet mal géré est une menace invisible », souligne-t-il, en appelant à une industrialisation maîtrisée du recyclage et de la pyrolyse. L’enjeu dépasse l’environnement : il touche à la santé publique et à la viabilité des territoires.

Le Pr Tiam Kapen élargit la réflexion en introduisant l’économie circulaire comme outil de souveraineté économique. « Ce que nous jetons aujourd’hui peut remplacer ce que nous importons demain », affirme-t-il, posant les bases d’une stratégie d’import-substitution fondée sur la valorisation locale des déchets.

La seconde phase de la conférence sur l’écochimie franchit un cap décisif : la preuve par le réel. Après l’architecture théorique, place aux modèles opérationnels. Deux expériences, ancrées dans le contexte camerounais, viennent démontrer que la valorisation des déchets n’est plus une promesse, mais une économie en marche.

Le premier cas, porté par le dispositif AMGED dans la commune de Dschang, dévoile une ingénierie territoriale en construction. Présenté par le Dr Moumbe, ce modèle met en lumière une équation simple mais exigeante : transformer une masse critique de déchets en ressources agricoles et climatiques. Sur 25 000 tonnes collectées annuellement, la part biodégradable, majoritaire, alimente une chaîne de traitement produisant du compost et réduisant significativement les émissions de CO₂. « Nous ne gérons pas des déchets, nous produisons de la valeur », souligne-t-il, en insistant sur les effets combinés : création d’emplois, baisse de l’usage d’intrants chimiques et émergence de revenus liés au carbone.

Face à cette approche institutionnelle, l’entreprise Green Power Biotechnology, présentée par Boris Mabou Fokam, incarne une dynamique entrepreneuriale agile. Ici, plastiques et pneus usagés deviennent biogaz, électricité, pavés écologiques ou charbon vert. Le message est direct : « Le déchet est une matière première négligée. Bien exploitée, elle peut résoudre à la fois le chômage des jeunes et le déficit énergétique ».
Aux côtés du Recteur de l’Université de Dschang, la présidente de la Cellule locale d’Assurance Qualité de l’Université de Dschang, la professeure Sylvie Léa Ngnokam Wansi a suivi cette conférence avec un regard porté sur les prochains réflexes à communiquer dans le campus pour une gestion qualitative des déchets .

la Doyenne de la Faculté des Sciences transforme le constat en appel : « Il faut oser. Oser voir dans les déchets une ressource, oser entreprendre, oser innover. Cette conférence permet de comprendre que l’écochimie ne s’arrête pas à la science : elle devient une pédagogie de l’audace et de la transformation.

Au terme de ces échanges, une évidence s’impose : le déchet n’est plus un problème, mais une opportunité mal exploitée. L’écochimie apparaît dès lors comme une discipline charnière, capable de transformer les contraintes environnementales en leviers économiques, et les défis urbains en perspectives d’innovation.

Sous le regard séduit du promoteur des Grandes Conférences. professeur Tsafack Nanfosso,, le panel de ce jour a permis de projeter un regard admiratif sur ce qui a pendant longtemps été considéré comme un problème de société à savoir les ordures. À l’Université de Dschang, la science ne se contente pas d’expliquer le monde : elle se propose au quotidien de le transformer.