Rentrée académique 2016/2017

Le Prof. Roger Tsafack Nanfosso

UDs, cap sur la professionnalisation

Dschang, UDs/SIC – 18/10/2016. Le Recteur de l’Université de Dschang, Prof. Roger Tsafack Nanfosso, fait la lumière sur la professionnalisation dans l’institution qu’il dirige et ouvre des perspectives sur l’insertion des diplômés de son institution.

Quelles sont les différentes filières professionnelles actuellement offertes par l’Université de Dschang ?

Notre université comprend 07 établissements dont 03 qui délivrent des enseignements entièrement professionnels. Il s’agit de la Faculté d’Agronomie et des Sciences Agricoles (FASA), de l’Institut Universitaire de Technologie Fotso Victor (IUT-FV) de Bandjoun et de l’Institut des Beaux-Arts de Foumban (IBAF). Les quatre autres sont des facultés classiques (Lettres et Sciences Humaines, Sciences Economiques et Gestion, Sciences Juridiques et Politiques, Sciences) qui proposent globalement une trentaine de filières de formation professionnelle aux niveaux Licence et Master. Mais nous allons plus loin, notamment en introduisant dans les filières facultaires classiques des unités d’enseignement ou des cours « professionnalisants », de sorte à imprégner déjà les étudiants à des domaines professionnels donnés.

Au-delà, je dois rappeler qu’à l’UDs, les cours d’Initiation à la création d’entreprises et d’Ethique sont obligatoires pour tous les étudiants du premier cycle. Il est en effet question pour nous de préparer tous les étudiants, y compris ceux qui fréquentent les filières facultaires classiques, à aborder le monde de l’emploi comme employeur ou employé doué d’un sens de citoyenneté qui conditionne le progrès humain.

 

Quels est le processus de création des filières professionnelles et quelles peuvent être les opportunités d’embauche des diplômés ?

La création des filières professionnelles, de même que toute la dynamique de professionnalisation qui marque notre offre de formation, obéissent à une logique de contribution concrète de notre université au développement.

Dans les établissements professionnels (FASA, IUT, IBAF), la mise sur pied de nouvelles filières est soit une réponse à une demande des entrepreneurs des secteurs concernés, soit une anticipation sur ce dont les entreprises ou les individus auront besoin dans un futur proche ou lointain. Ainsi en est-il par exemple du Master sur les Normes et contrôle qualité de la FASA, ou de la formation en Mecatronik Automobile à l’IUT-FV.

Les filières professionnelles dans les facultés suivent quant à elles les tendances du marché de l’emploi et résultent d’une exploration fructueuse des niches porteuses. Leur création fait l’objet d’une étude de faisabilité par les porteurs du projet. Celui-ci passe par différentes étapes avant validation : le conseil de département, le conseil d’établissement, le conseil d’université et le conseil d’administration.

En ce qui concerne les opportunités, vous pouvez vous-mêmes imaginer qu’une telle articulation est une promesse induite d’embauche ou de création d’emplois pour les étudiants formés. Mais il y a toujours un biais dans le marché, qui se traduit notamment par une asymétrie de l’information, de telle sorte que la rencontre entre détenteurs et solliciteurs de compétences n’est pas toujours optimale, encore moins automatique. C’est pourquoi nous essayons de publiciser ce que nous faisons, en construisant et en diffusant une information publique d’intérêt général sur nos services.

Quelles son les principales innovations pour cette année ?

Les innovations cette année sont nombreuses. Pour rester dans l’axe de la professionnalisation, je dois préciser que nous allons renforcer l’existant en rendant les formations davantage pratiques et pointues. Par ailleurs, au cours de l’année écoulée, de nouvelles formations ont été mises ou remises sur orbite. Je prends deux figures parmi celles-ci pour montrer dans quels sens nous voulons aller.

Premièrement, le Master professionnel d’Assainissement urbain, urbanisme, villes et aménagement du territoire (MASUVAT). Il s’agit d’une formation conjointe de la Faculté des Sciences et de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines, mais qui interpelle aussi de l’Institut des Beaux-Arts de Foumban où nous formons en architecture. Nous nous inscrivons ainsi désormais dans le paradigme de la mutualisation de nos ressources afin de proposer sur le marché des compétences à la fois polyvalentes dans un domaine et pointues dans chaque aspect de ce domaine.

Deuxièmement, le Master de Sciences psychologiques (MSP). C’est une formation classique mais vous constaterez qu’elle a un penchant professionnel prononcé, décliné dans ses deux options : d’une part la Psychopathologie et clinique et d’autre part la Psychologie sociale, du travail et des organisations. Nous voulons ainsi que désormais les filières classiques s’ouvrent davantage au moins à une familiarisation des apprenants à des domaines professionnels qui directement dérivent des enseignements théoriques dispensés.

Globalement donc, nos innovations cette année se résument en une trilogie : d’abord la création de nouvelles filières professionnelles, ensuite l’augmentation d’enseignements « professionnalisants » dans les filières classiques, troisièmement la mutualisation des ressources mobilisables dans plusieurs établissements pour renforcer une formation donnée.

Qu’est-ce qui est mis en œuvre pour assurer la qualité des enseignements ?

L’assurance-qualité est au cœur de notre démarche, pas seulement dans l’enseignement, mais aussi dans l’administration, la recherche et l’appui au développement.

En ce qui concerne l’enseignement, les programmes ont été revisités à la fin de l’année écoulée. Certains conseils de département se sont simplement assurés que ces programmes restent pertinents en l’état. C’est notamment le cas dans les départements de la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion qui ont de bons programmes. Mais d’autres ont fait des modifications, notamment en sollicitant la contribution du monde de l’entreprise. Tel est le cas de la Faculté des Sciences qui a organisé un séminaire sur l’Action en Situation de Travail (AST) au cours duquel une quarantaine de professionnels ont discuté avec les universitaires pour contribuer à la mise sur pied de programmes davantage consonants vis-à-vis du monde de l’emploi. 

Après cela, les cours ont été distribués selon une logique à triple responsabilités : aux enseignants les plus qualifiés, les cours les plus fondamentaux ; aux enseignants administrativement occupés ailleurs, un minimum de cours clés ; aux enseignants les moins chevronnés, des cours d’application sous l’encadrement des maîtres. Ce travail a précédé l’établissement des emplois du temps et la préparation/ répartition des salles. Ces emplois du temps sont affichés afin que les étudiants sachent qui fait quoi, quand, où et comment.

Aucun enseignant ne devra aller au cours sans qu’au moins les objectifs, le plan, la bibliographie, le matériel de TD ou de TP ainsi que la matière d’œuvre (éventuellement) n’aient été identifiés et validés par ses pairs ou par la hiérarchie pédagogique. Tout cela doit être également mis à la disposition des étudiants afin qu’ils s’orientent et préparent leur travail personnel, volet important de l’apprentissage dans le système LMD. Pour le reste, c’est la routine du suivi des enseignements, des évaluations formatives et sommatives en fin de semestres, etc.

En termes d’amélioration des infrastructures, y a-t-il des projets en cours ?

Au regard des défis infrastructurels qui nous interpellent, il est difficile d’imaginer que nous commencions une année académique sans nous assurer d’un minimum d’accroissement des capacités d’accueil. Je vais me limiter à quelques exemples.

A Ebolowa où nous avons une antenne et une filière professionnelle pour la formation aux métiers du bois, de l’eau et de l’environnement, l’imposant bloc administratif et pédagogique sera mis en service. A Dschang, le bâtiment devant abriter la filière professionnelle des sciences biomédicales sera livré. De même, le « bloc laboratoires » terminé l’année dernière sera effectivement occupé. Sur ce campus aussi, les travaux de construction du « bloc décanat » avancent, ainsi que ceux d’édification d’un nouveau Centre médico-social.

Au-delà de nos infrastructures propres, je voudrais rappeler que le ministre de l’Enseignement supérieur a créé à Bafia une annexe de la FASA qui fonctionnera cette année. Cette annexe sera logée dans des infrastructures anciennement occupées par une partie du Lycée technique de Bafia.

Par ailleurs, le Premier ministre a signé le décret portant classement d’une Forêt d’enseignement et de recherche (FER) au profit de notre université. Cette FER qui se trouve dans les localités de Demba I et Demba II dans la région de l’Est permet aux étudiants d’aller plus loin dans leur formation pratique. Voilà un aperçu de notre préparation infrastructurelle pour cette année.

En perspective, quels sont les défis qui interpellent l’Université de Dschang ?

Les défis qui interpellent notre institution, relativement à la professionnalisation, sont presque les mêmes que ceux des autres universités du Cameroun. En ce qui concerne l’équation « formation-emploi », permettez-moi de rappeler que lorsque le ministre de l’Enseignement supérieur lançait l’implémentation du système LMD en 2007, il avait utilisé le slogan « un étudiant, un emploi ».

Or, je viens de dire que nous n’avons pas encore atteint l’optimum d’emploi pour nos diplômés. Pourtant, nous devons asymptotiquement tendre vers là ; tel est d’ailleurs, je crois, le sens de ce slogan bien senti. Tout ce que nous devons faire sur tous les autres aspects de la nouvelle gouvernance universitaire (aux plans managérial, académique, sociale, financier, infrastructurel, etc.) doit concourir à répondre aux questions d’emploi telles que déclinées dans le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (DSCE), la boussole de notre développement.

Au-delà du développement de notre pays par une insertion de nos diplômés dans le tissu économique national, notre rêve c’est de contribuer à bâtir ce que Jamil Salmi appelle une « université de rang mondial ». Ce rêve rencontre d’ailleurs l’analyse du Prof. Fame Ndongo dans Géostratégiques (n°25, octobre 2009, p. 231) qui disait justement que l’ambition d’« universalité » de nos universités doit être « de mise ». Cette universalité signifie, entre autres, que nos étudiants sont formés tel qu’ils puissent intégrer les systèmes de production les plus compétitifs dans le monde. Elle signifie aussi que nos recherches qui nourrissent nos enseignements théoriques et professionnels sont innovantes parce que nous sommes à l’ère de l’économie du savoir.

Cela implique que nous renforcions nos ressources, que nous construisions davantage de synergies pour rationnaliser notre déploiement, que nous réduisions (par une stratégie efficace d’information-communication) l’asymétrie d’information entre ce que nous faisons et ce que le monde professionnel attend, etc. Voilà quelques-uns de nos défis actuels./-